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— Clan du Mois
— Nom du Clan





— Météo
Cela fait un moment désormais que le soleil est levé très tôt le matin.L'astre flamboyant se couche très tard aussi. Les nuits sont courtes et les journées sont longues, mais personne ne se plaint du beau temps.Les cieux sont souvent dégagés, néanmoins, la chaleur est pesante, à force. Le vent, peu présent.Mais parfois pourtant, de gros orages éclatent.
— Statut des effectifs
Clan du Tonnerre
— Ouvert
Clan de la Rivière
— Fermé
Clan du Vent
— Prioritaire
Clan de l'Ombre
— Prioritaire
Solit. et Domes.
— À éviter

Légendes de CerfBlanc
« We all are living in a dream
But life ain’t what it seems
Oh everything’s a mess
And all these sorrows I have seen
They lead me to believe
That everything’s a mess »

— les rps libres

→ ajouter son rp ici.
★ titre du sujet | avec nom du chat.
— soirée chatbox

une soirée chatbox est prévue pour le septembre, d'autres informations arriveront bientôt !
— les priorités

fermeture du clan de la rivière ! le clan du vent & le clan de l'ombre manquent de membres, n'hésitez pas à rejoindre ces clans ! (& penser aux postes-vacants !)
— le prochain design

si jamais vous êtes intéressé pour participer à l'élaboration du prochain design de LCB, n'hésitez pas à mpotter Le Grand Cerf Blanc ou Fantôme des Astres !


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au beau milieu du morne hiver — pv

Fantôme des Astres

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MessageSujet: au beau milieu du morne hiver — pv   Sam 21 Juil - 2:12


— avec oraison du corbeau
L
a nuit dernière avait été mouvementée dans les cieux. À peine visibles, les étoiles n’avaient montrées le bout de leur museau qu’aux aurores, lorsque le ciel s’était enfin dégagé, après qu’une pluie torrentielle se soit mise à déferler sur tout CerfBlanc. Fantôme des Astres avait quitté le camp lorsque la lune était enfin apparue, et avait filé à travers son territoire, le museau cherchant un fumet juteux dans les airs. Mais il n’y avait rien que l’odeur lourde d’un orage qui allait bientôt s’abattre. Lorsque la pluie avait commencé à tomber, il était aux abords des Quatre Chênes et il était déjà trempé le temps de se trouver un abri.
C’était une nuit de terreur qu’il avait vécu. Sa peur de l’orage s’étant alors aussitôt réveillée. À chaque coup de tonnerre, il sursautait sous le buisson épineux et se griffait le dos à chaque reprise. Il n’y avait rien à faire, chaque éclair illuminait son visage effrayé aux yeux écarquillés et ses tremblements qu’il tentait de camoufler, en vain. Il était rentré au camp trempé, n’ayant rien attrapé, trempé et éternuant. Il avait filé dans la tanière des guerriers sans un regard vers les plus matinaux, fuyant leurs regards curieux. Ses phases de sommeil avaient été courtes, saccadées, entrecoupées par des cauchemars aussi effrayants les uns que les autres.

Ce soir, il avait un visage blafard et n’avait aucune envie de quitter sa litière, mais n’ayant pas bougé de la journée, ses pattes engourdies lui criaient une bonne partie de chasse ou une petite course dans le territoire. Comme toujours, des regards intéressés le suivaient un instant avant de reposer leurs têtes. Parfois, des yeux ouvraient, mais aucune tête ne se levait : ils avaient l’habitude qu’il s’éclipse dès que la nuit tombait. Tous savaient qu’il était différent, loin d’être comme les autres, loin du trône.
Ses yeux cherchaient les étoiles et ce soir, elles étaient au rendez-vous. Il oubliait peu à peu son ventre qui se commençait à gargouiller, trop perdu dans sa contemplation. Il manqua de se prendre un arbre, mais l’esquiva de justesse. Détachant ses yeux des cieux, il se mit à courir afin de dégourdir ses pattes, sentant le vent frôler sa fourrure. Alors qu’il approchait des rochers du soleil, il entendait le clapotis de l’eau de la rivière mais n’osait pas s’approcher, il n’était plus chez lui désormais. Pourtant, il s’approcha jusqu’à la rivière cristalline. Sa frayeur de se tarissait pas dans son petit coeur, mais il eut un petit bond lorsqu’il reconnut au loin une silhouette familière ; le matou n’avait rien qu’un chasseur et donc rien d’un guerrier. Fantôme des Astres déduisait des poils sombres qu’il voyait qu’il s’agissait du félin qu’As de Trèfle lui avait déjà présenté. Le guérisseur du Clan de la Rivière semblait concentré dans une sorte de cueillette tandis que le chat albinos s’était assis, le guettant. Un petit sourire intéressé s’était formé sur son doux visage et il ne détacha son regard qu’après un long moment pour guetter les étoiles et les potentiels nuages qui pourraient les couvrir. Mais il n’y en avait aucun à l’horizon.

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Oraison du Corbeau
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MessageSujet: Re: au beau milieu du morne hiver — pv   Sam 21 Juil - 9:12

au beau milieu du morne hiver ☽ Il y a des jours où Ora préfère le calme de sa tanière à l'agitation du camp. Personne ne semble le remarquer, il se glisse comme un fantôme au milieu de tous les guerriers qui n'ont d'yeux pour lui qu'ils sont blessés où qu'ils ont un problème. Le reste du temps, on ne préoccupe que trop peur de ses états d'âme, de son appétit, de son existence. Il se demande parfois si les chatons connaissent au moins son nom, si on ne lui adresse pas la parole parce qu'ils ne savent même plus qui il est. Les problèmes de morales n'intéressent personne et on ignore les avertissements, on se moque du clan des étoiles comme-ci il n'avait pas déjà, par le passé, prouver sa présence. S'il pouvait tous les laisser crever, ça l'arrangerait. Glisser une baie du sureau dans le repas de leur meneur et expier ses crimes pour tard. Il ne supporte plus d'être à la botte de ce tyran, sous prétexte que sa patte est trop fragile pour chasser. Qu'il est inutile.
C'est vrai, les choses pourraient pire, il pourrait être mort depuis longtemps, puisqu'il ne sert à rien. Il aurait sans douté préféré ça à mourir d'ennui.

Après avoir trimé le jour durant, c'est la fatigue qui le ramène dans sa tanière. Comme à son habitude, un apprenti le bouscule sur le chemin sans exposer et renverse sa récolte. La dernière fois c'était un guerrier, demain ce sera vieux. Il s'attend presque à ce qu'un membre du clan des étoiles, personnellement, vienne l'emmerder. Au lieu de laisser place à la colère - du moins, à sa manière - Oraison du Corbeau préfère laisser tomber pour aujourd'hui. Il y a des jours avec et des jours sans et cette nuit, ils feront sans lui. Si une femme accouche, ils n'ont qu'à demander son apprenti. Ils n'ont qu'à faire les choses eux-même, Etoile d'Ebène peut bien le faire. Il en a vu tellement naître, il devrait être capable de gérer ses traînées tout seul. Cette condition fait de la peine au Guérisseur, il se demande pourquoi personne ne s'est encore rebellé. Les choses ont l'air simple de son point de vue, alerte un autre chef et le laisser venir à eux. Au point où il est en, il se fiche de se faire indexer par un autre clan. Ce clan là n'est déjà plus le clan de rivière. Ils n'ont plus rien à perdre, sinon leur crédibilité un peu plus et leur fierté.

Le matou laisse ses pensées l'égarer. Il repart pour la cueillette, préfère la faire la nuit quand il fait frais. Il a suffisamment plus aujourd'hui et une bruine constante plane au dessus de leur territoire. Son pelage humide de gouttelettes lui colle à la peau et un fort frisson descend le long de son échine quand il s'approche de la rivière. Il ne sait pas exactement ce qu'il est venu chercher, un peu de tout, un peu de rien. Il est venu pour se changer les idées d'avantage. Admirer le clair de lune et les étoiles. Au moins, ici personne ne viendra le faire chier sur ses croyances. Heureusement pour le guérisseur, sa propre confiance en lui lui permet de passer au dessus des commentaires désinvoltes. Malgré les nuages, on peut apercevoir le ciel nocturne pendant un instant, entre chaque passe de cumulus, qui déverse une lumière douce et rassurante. Le nez dans les fleurs, Ora met un certain temps à repérer l'odeur qu'il n'arrive pas à identifier. Le grand chat se relève et ses yeux perçants observent autour de lui. Sans doute un minet du clan du tonnerre.
Il en assez de voir des chats mourir. Il espèce sincèrement qu'aucune patrouille nocturne n'est prévue.
«Ce n'est pas très intelligent de venir ici. » Le guérisseur ne s'arrache pendant pas à son ouvrage, baragouine avec les tiges dans la mâchoire. «Tu connais la chanson, dégage gentiment s'il te plait. Je n'ai pas le temps pour ça. »  
Du temps en réalité il en a. Toute la nuit, une lune entière même. Il a le temps pour tout. Certainement pas pour ses camarades ignares.
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Fantôme des Astres

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MessageSujet: Re: au beau milieu du morne hiver — pv   Sam 21 Juil - 12:36

L
e regard de Fantôme des Astres se perd littéralement dans les yeux. Fasciné, il commence doucement à oublier le monde qui l’entoure. Le clapotis de la rivière et le grondement des chutes au long n’est plus qu’un simple murmure dans sa tête et au-dessus de lui, il tente de reconnaître les constellations que certains anciens ont bien voulu lui apprendre pour les seules fois où il passait dans leur tanière. C’était souvent le soir où en pleine nuit qu’il s’y rendait, quand il n’avait rien d’autre à faire ; il avait appris ainsi qui était la belle Cœur de Primevère - qu’il trouvait belle, mais pas attirante pour autant. Il avait appris d’où venait cette histoire de phénix mais ne connaissait pas encore celle du kraken, de la chimère et du basilic, malheureusement. Mais il savait qu’il avait encore toute la vie devant lui pour apprendre ces petits histoires qui font les symboles des clans.
Tandis que ses pensées divaguent et que ses yeux bleus se perdent dans l’océan d’étoiles, une voix plus ou moins familière - il l’a au moins entendue une fois ou deux - le ramène à la réalité et c’est à cet instant précis qu’il se souvient du nom du félin qui se tient de l’autre côté de la rivière : Oraison du Corbeau. Voilà, c’était bien lui le matou qu’As de Trèfle avait décidé de lui présenter.

Aux propos du mâle noir, Fantôme des Astres se rend compte qu’il est peut-être le seul des deux à l’avoir reconnu. Encore une preuve qu’il passe totalement inaperçu auprès des autres - enfin presque puis le guérisseur semblait avoir détecté son odeur et lui demandait d’aller voir ailleurs. Pourtant, le mâle albinos ne bougea pas d’un poil. Il détacha un instant son regard de sa contemplation pour guetter l’expression du félin mais il se rendit compte que celui-ci n’avait même pas relevé la tête. À ces mots, le mâle aux yeux bleus comprend qu’ici, il n’est pas le bienvenu, surtout qu’il s’agit d’une ancienne terre du Clan du Tonnerre et que le nouveau meneur du Clan de la Rivière semblait imposer de nouveaux rangs largement discutables ; mais comme toujours, le fantôme ne disait rien parce qu’il n’avait rien à dire. Il lui demandait poliment pourtant. Il avait pu bouger. Mais il ne l’avait pas fait. « — Je suis pas ici pour faire la guerre. Je peux pas tellement la faire, d’une certaine façon. Et puis je préfère la paix. Comme dans les cieux, eux, ils font la paix. Et c’est pour ça que c’est si beau, là-haut. » il lança un regard vers les étoiles pendant qu’il parlait avant de reporter son attention sur le matou qui continuait encore et toujours sa cueillette. Aucune lueur hostile ne brillait dans ses yeux, il n’y avait que de l’apaisement, de la douceur. « — Tu penses que là-haut, ils y sont tous ? Je veux dire, les défunts, tu crois qu’ils veillent sur nous, chaque instant ? Qu’ils peuvent changer le cours de notre destin pour nous protéger ? » demande-t-il, curieux. Après tout, ce genre de discussion, il n’y avait qu’avec un guérisseur qu’on pouvait l’avoir.

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Oraison du Corbeau
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MessageSujet: Re: au beau milieu du morne hiver — pv   Sam 21 Juil - 15:45

au beau milieu du morne hiver ☽ C'est agréable le silence. Les sons sont sourds, ses oreilles ne font même plus attention au frémissement de l'eau. Il l'entend bouillir à longueur de journée. A force, il n'y fait plus attention. Il s'est habitué. La fraîcheur qu'apporte le vent, le ronronnement des insectes nocturnes. Tout un microcosme au sein duquel il ne se sent pas étranger, contrairement à son propre clan. Le guérisseur est ami des grillons et des coccinelles, des libellules qui survolent la rivière de leurs ailes agiles. Il s'est arraché à sa cueillette pour observer la nature vivre. Elle ne se soucie pas de sa présence, preuve qu'il est ici à sa place. On n'essaye pas de le faire partir, de l'empêcher d'écouter des conversations. Ici, la vie parle et s'il n'entend pas, c'est parce qu'il n'est pas doué de ce langage. On ne leur apprend pas. On leur apprend la violence de la guerre et de la chasse.
Lui est bien trop loin de tout ça. Il a perdu sa patte, ça lui a suffit.

Claudiquant dans la direction du guerrier, le chat est attentif à ses paroles sans véritablement être d'accord avec lui. Mais Ora ne cherche pas à toujours avoir raison. Le coeur à ses raisons que la raison ignore, l'on est souvent plus guidé par son coeur. C'est impossible, d'être sur la même longueur d'onde. C'est avec curiosité qu'il darde le matou de son regard méprisant et détaché. Non pas qu'il le haïsse, ce chat ne lui a rien fait. Mais depuis qu'il est jeune, il est habitué à craindre l'autre, plutôt que craindre les horreurs qui pourraient se passer dans son foyer. S'il pouvait soupirer, il le ferait.
A quoi bon. S'il n'a besoin que d'une réponse pour partir. Ses yeux se plissent pour ajuster sa vue. Il reconnaît le chat, mais n'arrive pas à mettre un nom dessus. Seulement le vague souvenir de l'avoir déjà vu en compagnie d'As de Trèfle. « Je te reconnais, mais je n'arrive pas à me rappeler comment tu t'appelles. Tu m'en verras désolé. »  Il sait à quel point être une ombre est parfait bien triste.

Mais l'heure n'est pas aux plaintes, puisqu'il a posé une question. Et c'est à lui de lui trouver une réponse, il est là pour ça. Les guérisseurs sont là pour le réponses. Il n'y a parfois pas de solutions à tous les problèmes, mais tout le monde n'est pas à même de le comprendre et de l'accepter. C'est leur rôle. Entre autre. Parfois, l'inexplicable intervient. Oraison du Corbeau s'est assis à coté du chat maintenant, la queue enroulée autour de ses pattes. « Il n'y a pas de réponse unique à ta question. Tout dépend de ce que tu veux entendre. » Il fait une pause et croise enfin son regard.
Des yeux bleus comme les siens. Pendant un moment, il est envahi par le torrent de la rivière, la cascade qui rugit. Il n'y a plus de petits bêtes, juste la colère de l'eau. Il s'attend presque à voir le kraken surgir.
« Je pense que les morts veillent sur nous, dans les bons moments, qu'il nous apportent la joie et le bonheur. Grâce à leur souvenir et parce qu'ils sont toujours là. » Son museau désigne la poitrine du félin blanc. Contraste avec les abysses de ses poils crasseux, ses cotes saillantes. « Mais le destin est entre nos pattes, nous seuls sommes responsables des malheurs qui arrivent. Nous choisissons ce que nous faisons du pouvoir que l'amour de nos ancêtres nous donne. » Il se demande si ses frères veuillent sur sa patte l'empêche de ressentir la douleur trop forte. Lui permettent de tenir debout, d'être envie. Il pense à leur chef. A sa propre mort, tant il se sent étranger à se clan. Sur la sellette. Il n'est là que parce qu'il sait soigner des plaies. « Certains trouvent la force de faire la guerre et d'autres, préfèrent faire l'amour. »
Mais la guerre gagne en général. Toujours, elle l'emporte sur le bien. Il est plus facile d'être mauvais que bon. Le minet hausse les épaules et se sépare du guerrier. « Mais ici, on fait la guerre. » Il doit partir. Parce que cet endroit n'est pas réservé aux mâles comme lui, trop rêveurs et différents.
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Fantôme des Astres

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MessageSujet: Re: au beau milieu du morne hiver — pv   Sam 21 Juil - 17:46

U
n petit vent frais souffle sur les contrées de CerfBlanc et le croissant de lune qui luit sur les Rochers du Soleil s’apprête à être engloutit par quelques nuages parsemés dans les cieux, tel un petit troupeau de moutons éparpillés comme il en avait entendu parler. De vrais nuages sur pattes, ceux-là. Et il n’y avait que le Clan de la Rivière pour bénéficier de cette découverte. Ils avaient aussi la chance de pouvoir découvrir la grandeur des chevaux. Ces animaux inoffensifs sont impressionnants face à des chats et pourtant, c’était le genre de choses auxquelles Fantôme des Astres n’était pas effrayé, l’une des seules choses peut-être, peureux comme il est. Il apprécie la nature, les étoiles et la lune. Il déteste le soleil parce qu’il ne peut pas le sentir bouillir sur sa fourrure, mais adore ce qui accompagne la nuit ; la lune est sa seule compagne lorsqu’il sort le soir. Elle est toujours au rendez-vous, sauf quand les nuages la cache. À ce moment, c’est eux qu’il déteste. Puis, ils s’en vont et alors, il ne les en veut plus. La lune est la seule qui accompagne constamment ses pas, la seule qui semble ne pas lui faire de mal, qui ne semble pas faire de mal à sa particularité ou à ses yeux.
Et il s’estime chanceux. Parce qu’As de Trèfle lui a déjà révélé qu’un vrai albinos possède les yeux rouges et qu’il a dû mal aussi à sortir à cause de la pâleur de la lune. Un véritable albinos ne survit pas bien longtemps. Peut-être qu’il aurait aimé, d’une certaine façon, mourir à la naissance pour ne pas avoir à subir les regards pathétiques des siens, et parfois même, ceux des autres qui avaient été mis au courant. Il voulait pas voir de la pitié dans leurs vies. Ils voulaient qu’il le voit comme tous les autres chats. Mais tout ne se passe pas comme on veut.

Le mâle blanc prend une profonde inspiration et ferme les yeux tandis qu’il a l’impression que ce petit vent frais vient s’enrouler doucement autour de son cou comme pour tenter de l’étreindre gentiment tel que le fait si bien Pétale d’Ancolie. La féline est douce. La féline est belle. La féline l’aime. Et lui, il ne l’aime pas. Le pire, c’est qu’elle le sait. Mais, comme dit Étoile du Corbeau, faut faire bonne figure aux yeux du clan. Et de choisir une compagne. Dans ce cas-là, autant prendre quelqu’un de confiance pour partager quelques moments intimes qui ne vont jamais à la conception d’une portée pour le moment, jusqu’à ce que le clan s’impatiente, que son père s’impatiente et qu’il soit contraint de faire en sorte de concevoir quelque chose qui risque de donner, peut-être, un autre petit albinos qui vivra le même enfer que lui. Mais il veut pas de ça. Il veut pas de tout ça. En fait, assis en plein milieu du Clan de la Rivière - oui, parce qu’en fin de compte, il est pas tellement chez lui - il se rend compte qu’il ne sait pas ce qu’il veut.
Il voit les yeux plissés du mâle noir qui cherche à le reconnaître, en vain. « — Oh. C’est pas grave. J’ai, comme qui dirait, l’habitude … » termine-t-il presque dans un murmure, baissant la tête. Il se demandait si, en tant que guérisseur, il était aussi tout seul lui, rejeté des siens, de son clan. S’il se sentait à sa place, là-bas, alors qu’Étoile d’Ébène semblait avoir établi quelque chose de très saugrenu comme nouvelle hiérarchie de clan. Enfin, le jeune chat n’était pas du genre à critiquer, alors il faisait bien ce qu’il voulait après tout.

Fantôme des Astres, qui attend avec une certaine curiosité une réponse, voit le chat au pelage de jais se rapprocher de lui. Avec un léger mouvement de recul, il le regarde s’asseoir près de lui, et s’enivre du parfum qu’il dégage, quelque chose de doux, un mélange de plantes et de rivière, de poissons, une odeur qui n’a rien à voir avec As de Trèfle et qui le rend nerveux, sans qu’il ne comprenne vraiment pourquoi. Il n’y avait, évidemment, pas qu’une simple réponse à sa question, mais le mâle albinos s’y attendait. Le guérisseur du Clan du Tonnerre lui disait parfois la même chose lorsqu’il commençait à poser des questions existentielles. Lorsque le mâle à ses côtés marque une pause, le guerrier blanc lève les yeux vers lui et croise un regard bleu dans lequel il se perd immédiatement. Une impression de noyade en plein milieu d’une rivière, et le voilà qu’il suffoque sans savoir pourquoi, avant de revenir à la réalité lorsqu’il détache son regard de lui.
Oraison du Corbeau n’avait pas tort. Les Étoiles veillent constamment sur eux pour leur apporter les meilleurs sentiments, ceux qu’on aimerait toujours ressentir, ceux qui cachent la fureur du passé, la colère du présent et la haine du futur. Ils sont là pour ça. Pour rappeler que parfois, la vie est belle, même si elle est dure. Et Fantôme des Astres ne cesse de le guetter, buvant littéralement ses paroles. Lorsque son museau noir pointe la poitrine blanche du combattant nocturne, il baisse les yeux vers l’endroit où les battements de son coeur semblent se faire plus rapides et plus forts en lui. Et donc, selon lui, c’est de notre faute si l’on est malheureux. Les étoiles n’y sont pour rien. Le mâle blanc a dû mal à y croire. Totalement admiratif de ce qu’il peut dire, il se tait. Il le laisse finir. Jusqu’à ce qu’il termine par le mot « guerre » qui fait tressaillir le matou qui repense à cette bataille sanglante qu’il n’a pu guetter que de loin à cause de sa particularité. Le massacre se déverse dans ses yeux et d’un seul coup, il sent qu’il a besoin d’une présence plus que tout. Son corps se met à trembler d’un sentiment terrible qu’il ne parvient pas à saisir. Une sorte de nausée semble lui venir et sa vue se floute un instant. Il guette la silhouette du mâle qui s’éloigne tandis que, par saccades, il revoit ce massacre. Puis, ne pouvant se retenir, il vomit à côté de lui, déversant tout son repas du soir. Il se sent mieux, dans l’estomac, mais ses tremblements ne cessent pas et un goût désagréable dans le gueule le pousse à courir en titubant vers les berges de la rivière pour y laper quelques gouttes. Lorsqu’il relève les yeux vers Oraison du Corbeau, il affiche une mine coupable. « — On dirait que la guerre, c’est pas mon fort. Désolé. » Tout penaud, la tête baisse, il passe à côté du mâle noir, puis quand il commence à s’éloigner, il s’exclame : « — Je peux plus voir la guerre. Ça me flingue, si tu savais. De l’intérieur. Ça me détruit à petit feu. Je peux plus supporter ces massacres, je veux plus voir des marres de sang comme aux Rochers du Soleil. Je veux la paix, bon dieu. » termine-t-il. Puis, il repète, plus doucement. « — Je veux la paix … S’il vous plaît … Je veux du bonheur et pas juste afficher un sourire pour cacher mon malheur. » Il ferme les yeux et se laisse tomber au sol. « — Je veux juste sourire pour de vrai, c’est trop demandé … ? » finit-il dans un murmure, la respiration saccadée.


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Oraison du Corbeau
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MessageSujet: Re: au beau milieu du morne hiver — pv   Lun 23 Juil - 11:33

au beau milieu du morne hiver ☽ Fier de sa tirade, Ora se retranche à nouveau dans ses pensées. Perdu dans son esprit, plutôt que dans le paysage. Le matou ne fait pas attention à la beauté des choses, il s'est habitué aux faits bruts de la vie. Les fleurs ne sont pour lui que des remèdes, le parfum des plantes lui rappelle la maladie. Et la nuit, la nuit appartient à d'autres. En temps que guérisseur, il apprécie de pouvoir passer du temps à observer le ciel sans qu'on lui reproche d'être paresseux ; les chats de son clan n'ont pas besoin de ça pour lui faire des reproches. Il s'est tant perdu dans la voûte céleste, qu'à force, il en a perdu le goût. Perdu cet attrait pour le dessins que les étoiles tracent dans le ciel laiteux d'été, moins obscur que les autres. Quand il pose son regard sur ce qui l'entoure, son attention n'est captée que par le matou blanc aux yeux de la rivière.
Il a l'impression de voir la nuit pour la première fois à nouveau. Redécouvrir son charme, sa magie mystérieuse quand on fait ces rencontres qui n'arrivent que tard le soir. En journée, les choses auraient été différente. Il aurait déjà tourné le dos et changé de poste. Il y a d'autres parties de son territoire aussi propices aux récoltes. Mais il reste, curieux et à l'écoute de ce qu'on a à lui dire. Pour une fois qu'il entend une vive voix qui fait autre chose que des reproches. Le guerrier du tonnerre parle de choses qui sont plus profondes que de savoir qui va diriger toute la forêt. On ne contrôle jamais rien en intégralité. Il y a toujours des rebelles, des âmes à part qui choisissent un chemin différent et, tôt ou tard, la minorité devient la majorité. Il suffit d'une simple étincelle pour déclencher un incendie.  Et cette étincelle, Oraison du Corbeau l'attend.
Il lui semble à l'instant présent, qu'il ne l'attend plus au sein de son clan, mais ailleurs. « C'était une invitation à me donner ton nom. » Rétorque t-il le ton cinglant. Les habitudes sont des ennemies.

Les habitudes font des chats des esclaves de leurs quotidien. Certains s'y retranchent tellement, qu'ils en oublient de vivre. C'est bien ce pourquoi ils sont nés au départ. Pour vivre et non pour mourir. Les guerres sont une option, qui n'est envisagée qu'à cause de leur société. Mais le guérisseur n'est pas non plus partisan du vivre ensemble. Il préfère rester dans son coin.
Il ne montre que son profil à l'étranger, le jaugeant toujours d'un mauvais oeil qui n'a pas l'air de le déranger. Le minet est plus petit que lui, ce qui n'est pas compliqué. Le chat est plus grand que la moyenne, de peu. Il aurait fait un guerrier fort et pourtant, les choses se sont passé autrement. On a fait de lui une arme encore plus dévastatrice qu'un soldat. On a fait de lui un penseur, capable de remettre en question. Il feule son mépris quand il entend ce qu'on a à lui dire. « Ce n'est pas ma guerre, c'est la leur. Et je leur appartient, en quelques sortes. » Il a fièrement bombé son torse, du'ne fierté mal placée, contraire à ses propres convictions. Bien que, non. Il n'abhorre pas la rivière et son courant discret. Il aime le son qu'elle fait, la brise qu'elle apporte ce soir et l'éclat de la lune qui déverse son rayon sur la moitié de sa gueule.
La suite lui fait seulement échapper un soupir. Il brise la distance qui le sépare du guerrier et le surplombe de sa hauteur, sans forcément chercher à le faire sentir minuscule. Le guérisseur a beaucoup de respect pour les autres, plus qu'il ne laisse paraître. « J'imagine que ... Si tu es encore ici, c'est que les choses ne sont pas aussi simple. Sinon, je te conseillerai de partir loin. Apparemment, te faire oublier n'est pas une difficulté pour toi. » On pourrait croire à une pique ou une reproche, mais le ton qu'emploi le guerrier déchu n'en évoque rien. Il parle simplement de choses qui lui sont évidentes. Parce qu'il ne considère pas la fuite comme un acte de lâcheté. Fou sont ceux qui s'obstinent et restent contre leur gré, qui préfèrent tenir un discours à double tranchant que d'affronter la solitude. Les solitaires sont courageux en cela, indépendant et libre. C'est cela sans doute, que les clans méprisent chez eux. Cette capacité à être sans le groupe. C'est eux qui sont dans l'erreur. Enfin, ça, il n'en sait rien, puisqu'il n'y a pour lui jamais eu d'unité. Il ne s'est jamais senti chez lui.
Sa naïveté lui fait échapper un énième soupir. On dirait un chaton mais dans un corps plus adulte. Qui gardé cette innocence et ce désir que les choses soient belles. Sauf qu'elle ne le sont qu'en apparence. Lui peut-être est alors beau dans tous les aspects. Dans cette façon de penser, presque bête mais touchante, comme dans son apparence royale. Petit à petit, les souvenirs de la rencontre avec As de Trèfle reviennent et l'assaille. Il est sensé connaître ce chat, il devrait tout du moins. Mais Ora n'aime pas faire les choses comment elles doivent être faite. Il faut qu'elles trouvent seule leur chemin.
C'est le propre des rencontre. Et il offre ce qu'on pourrait appeler un sourire à l'inconnu. Un réconfort. Il se permet de parler d'horreurs de la guerre alors que lui en a vu des horreurs. Des plaies suintantes. Des guerriers qui agonisent à même le tapis de la forêt et qui ne reverront jamais leur camp. Il a vu des pattes déchiquetées, des cadavres dévorés par des monstres.  Des mères mourir, des mâles mourir. Comment se veut la tradition chez eux. Il ne s'en plaint pas pourtant. « Que devrais-je dire alors ? Je ne vis pas la guerre comme les guerriers de ton genre le font. Je vois les conséquences. Je sèche des larmes. »  D'un regard en colère et acéré. Qu'ils pleurent ailleurs, ils sont tous responsables de leurs pertes.
Lui n'a jamais vraiment pleuré.
« Trouve la paix à l'intérieur de toi avant de demander aux autres de la faire. »
La créature de colère qu'est le chat de la rivière pèsent ses mots, qui sont dirigés à l'autre comme à lui même. Ils veulent la paix, mais sont sans cesse à se juger et ses détester. On ne peut aimer les autres, si l'on ne s'aime pas déjà soit même un tant soit peu.
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Fantôme des Astres

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MessageSujet: Re: au beau milieu du morne hiver — pv   Mer 25 Juil - 23:36

C
ontrairement à son frère, Fantôme des Astres n’avait jamais vraiment eu l’intention de se faire remarquer. Ses passages au camp était discret, et il passait le plus clair de son temps à dormir dans le fond de la tanière des guerriers en faisant des micro-siestes, à se dégourdir les pattes en allant se servir le midi dans le tas de gibier avant de filer dans un coin d’ombre ou de fraîcheur, là où il partage en général une proie avec sa compagne officielle, son guérisseur et ami ou sa soeur, avec qui il s’entend bien mieux qu’avec son frère. Puis il redort avec quelques micro-siestes, prend parfois le temps d’aller s’allonger dans la pouponnière pour raconter quelques histoires de ses aventures ou de sa fragilité - qu’il aimerait plus que tout transformer en force - puis s’enfuit à la nuit tombée avec les arbres, en ayant pour seule compagnie à ce moment-là la lune et ses étoiles. Il espère parfois qu’il est accompagné des guerriers que le Grand Cerf Blanc a dû envoyer dans les cieux, mais ce soir, il est accompagné d’un guérisseur bel et bien vivant.
Lorsque le jeune chat se rend compte qu’il aurait mieux fait de donner son nom plutôt que de se plaindre, ses joues le chauffent et il se sent coupable. Ainsi, d’une petite voix, il murmure : « — Fantôme des Astres. » qu’il lui dit, ne sachant même pas s’il le matou noir n’a pas l’oreille un peu sourde et le guerrier blanc craint à cet instant de devoir se répéter.

Puis, le sujet de la guerre tombe. Derrière tous ces mots, il se remémore la Grande Bataille et le décès de Coeur de Primevère, un amertume qui lui reste en travers de la gorge. Le guerrier blanc, il n’y avait pas pleinement participé à cette guerre, il n’avait fait que regarder les combattants s’entredéchirer pendant qu’il tenait les plantes pour As de Trèfle, caché dans les buissons à soigner les chats les plus gravement blessés. Il avait à la fois été déchiré de tant d’atrocités, sentant son petit coeur se fendre à chaque battement, mais il avait aussi senti ce picotement dans ses pattes qui lui criaient d’aller défendre les valeurs de son clan. Mais le soleil l’en avait vivement ravisé. Et malgré tout, elle avait été atroce. Malgré tout, elle leur appartenait, et ce, à tous les deux, alors que ce n’était pas tellement leur guerre. Puis le sujet sembla divaguer quelques instants, assez pour que le guérisseur remarque que sa présence ici, en plein milieu de la nuit, était tolérée. « — Je porte bien mon nom. Je ne suis qu’un fantôme dans ce cas, on ne me voit pas. On m’oublie, je n’existe plus. Et pourtant, je devrais, d’une certaine façon. » lâcha-t-il dans un soupir. Derrière tout cela, Fantôme des Astres cachait l’idée qu’en tant qu’albinos, les chats devraient s’intéresser à lui, se poser des questions sur lui. Il devrait être au centre de l’attention. Surtout en tant qu’héritier. Mais rien. Parce que son frère avait tout.

Puis Fantôme des Astres semble faire une crise bizarre, liée à une anxiété de la guerre. Mais allongé au sol, il commence doucement à reprendre sa respiration, son coeur récupère une cadence normale, il se remet sur ses pattes avec nonchalance tandis que le guérisseur ne semble pas avoir remarqué son état instable, trop perdu dans ses explications sur la guerre. Mais ses paroles sont justifiées, ses mots veulent tout dire et pendant un moment, le mâle blanc reste pensif, le regard plongé dans les étoiles, comme à son habitude. Il ne savait pas quoi dire, pas comment reprendre la conversation qui semblait s’être terminée sur une note colérique. Ainsi était-il le moment de changer de sujet, de voguer vers d’autres horizons ou plutôt de revenir dans les méandres de l’enfance. « — Tu n’veux p’être pas parler avec moi de ton enfance et je comprendrais forcément ça, tu l’vois bien, j’ai pas eu la meilleure des enfances. Mais j’veux savoir, Oraison du Corbeau. Pourquoi la voie du guérisseur ? Pourquoi choisir de soigner plutôt que de défendre ou combattre ? Est-ce parce que tu souhaitais la paix, comme moi ou bien y avait-il d’autres raisons ? » demanda-t-il, un petit air innocent collé au visage, presque greffé.

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Oraison du Corbeau
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MessageSujet: Re: au beau milieu du morne hiver — pv   Lun 20 Aoû - 21:21

Fantôme des Astres, fantôme pâle. Fantôme lunaire. Pâleur maladive. Le matou qui transpire la névrose, aux yeux bleus glaciers. Il a enfin un nom, pour raviver la flamme des souvenirs dans les nuits chaudes, pour réchauffer le coeur dans la morsure glaciale de la neige. Un nom à ne plus oublier, gardé dans un coin de sa tête, avec les recettes, les parfums, les plantes, les mixtures, les remèdes, l'odeur du thym. Les souvenirs agréables, bercés un coin de sa mémoire. Il a donc un nom, il n'est pas muet ni complètement sot, le petit guerrier qu'il méprise par défaut ; tous les mêmes. Le guerrier de compagnie d'As de Trèfle. Il lui faudra encore un peu de temps, avant qu'il ne devienne autre chose qu'un sous-fifre dans l'esprit du guérisseur. Une pièce rapportée, une extension de son ami. L'un qui ne va pas sans l'autre et, pourtant, voilà le fantôme sans le trèfle. C'est une sensation étrange.
Il l'a pour lui tout seul. Libre de l'effrayer, libre de le connaître.
Il n'y a pas le quart de lune qui lui dicte d'avancer, toujours, sans se retourner ni égare les yeux avides, dévoreurs ; le quart de lune lui rappelant son vœux de chasteté, les étoiles sont témoins silencieux. Balances. Poucaves. Pieux qu'il est, résigné, que personne ne veut d'un éclopé, de toute manière. Et personne ne veut d'un incapable de se battre, d'un pleutre, d'un blanc comme neige qui ne peut rencontrer le soleil. Aucune obligation, aucune limite, une simple frontière transgressée, un pas seulement et il met fin à tout ce qui les opposent. Par envie. L'envie est si forte. Que sont les frontières ? Elles éloignent les uns des autres, elles créent le conflit, elles créent la guerre ; ils sont la guerre.

Oraison du Corbeau le rappelle à sa mémoire, il se souvient même l'avoir grondé. Scène similaire, une légère brise dans le poil, le fracas de la rivière en mons, les moustiques en moins.  Il se souvient qu'il n'a pas apprécié la moquerie enfantine, le guerrier du tonnerre, celle qui fait rire gras les autres, celle qui amuse la galerie - crétins !  Le guérisseur a une esquisse carnassière sur les babines, sans la patte folle, un véritable prédateur. Peut-être qu'il apprécie réellement la situation, la rencontre fortune des astres.
Le noir et le blanc.
« Crois moi, tu existes bien. » Il le voit, de ses propres yeux. Il le voit comme il se voit lui. Ignoré. Laissé à part, guerrier meuble, guerrier qu'on appelle pour panser les blessures. Il n'a de guérisseur que la fonction. Personne ne veut écouter son charabia, ils n'écoutent pas. Ils sont sourds peut-être. Ils sont aveugles. Ils sont tous affreux, hideux, ignobles. Et lui est si beau. L'âme montre patte aussi blanche que son pelage. « Je comprends. Ce que tu ressens. Je sais ce que c'est. » Les oubliés de la nuit. Le mâle s'est roulé en boule, profitant paisiblement de l'air lourd, de la promesse d'un orage, de l'haleine brûlante de la soirée. La fraîcheur se fait rare. De plus en plus. Il n'y pas de corps à réchauffer. Pas de contact. Pourquoi parler ? Raconter ? Il n'a rien à dire.

Il repense à l'enfance. Il voulait le contact. Mais sa mère était trop fière, trop stupide. Elle voulait prouver à tous qu'elle retournerait vite chasser, l'a fait. Laissés à l'abandon, lui et sa soeur. Dans la tanière sombre, vide, où l'ennui est un luxe. Quand on ne s'ennuie pas on pense, à s'en faire mal. Il se souvient même de leur meneur quand il avait son âge. Quand ils étaient jeunes. Il se souvient des jeux, pour taire les pensées. Pour taire les idées. Les coups de griffes innocents qui forgeaient les futures cicatrices. Ils se battaient. Que pouvaient-ils faire d'autre ? Maman n'a pas appris à aimer. On apprenait à se frapper, pas se toucher. De tendresse. Que pour les femelles. Jamais chef, elles. Pas avec eux dans la pouponnières.
Puis l'accident.
Sans rien d'autre entre. Juste le sentiment d'un rêve, d'un espoir. Et l'accident. Aussi simple que ça.
« Je n'ai pas choisi. Je me suis fait attaquer par un renard en essayant de défendre ma soeur. Si j'avais été plus expérimenté j'aurai été couvert de gloire. J'ai simplement manqué ma mort. » De peu. Et c'était son heure. A la place, c'est la tanière du guérisseur. A la place, c'est l'ingratitude. « J'ai simplement accepté la fatalité des choses. Je ne souhaite rien, je me contente de faire mon travail. La guerre et la paix, défendre, attaquer, c'est le problème des autres. Pas le mien. Et ça ne fait aucune différence. Il baille. Regard espiègle qu'il lui lance. Pourquoi ? Tu aurais préféré être à la place d'As de Trèfle ? Je t'y vois bien. Moi. »
Ils auraient été collègues. Les choses auraient été plus simple. Peut-être. Ou pas, justement. Ce serait pire.   
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MessageSujet: Re: au beau milieu du morne hiver — pv   Lun 3 Sep - 15:56

C
orbeau. Corbeau noir. Corbeau sombre. Corbeau effrayant et impressionnant. Corbeau protecteur des âmes malveillantes, corbeau protecteur des fantômes et des astres. Tous ces mots pour les morts, si peu pour les vivants. Le monde tourne autour des autres. Le fantôme voudrait qu’il tourne autour de lui, il voudrait être reconnu, être né le premier, être celui qui est le plus beau, le plus fort. Il veut pas être le paria. Mais il veut pas être son frère, pas être un incapable, un écervelé, un putain de mouton. Ouais, c’était ça qu’il était, un putain de mouton, un suiveur comme il y en a tellement dans ce clan. Faut faire beau, faut faire bien. Faut montrer l’exemple devant le clan, pas faire de conneries, se tenir droit, se tenir grand, se tenir fort. Être le meilleur. Sinon rien.
C’était pas ça, le fantôme. Nan, le fantôme, c’était le paria. Mais c’était pas plus mal. Il était pas là, il existait pas et c’était tant mieux. Il faisait ce qu’il voulait, pas besoin de suivre les règles, pas besoin d’être un mouton, juste besoin d’être lui même. Et en étant celui qu’il était, il était là. Ici même. Avec lui. Et avec nul autre. Celui qui s’était moqué de lui la dernière fois. Puis celui qui s’était excusé. Celui auquel il avait longuement pensé depuis cette rencontre. Celui qu’il guettait aux assemblées, celui auquel il n’osait parler. Celui qui était son opposé. Le pelage noir, le pelage sombre, le pelage du corbeau. Le plumage du corbeau. Le corbeau. Ainsi était-il.

Le corbeau, il voyait le fantôme. Il voyait qu’il existait, qu’il était bien là. Il comprenait. Lui aussi, il n’était pas le mouton, pas le grand héritier, pas celui qui devait suivre. Il était pas ça. Il était celui qu’il voulait être. Enfin presque. Il était là parce qu’il avait envie d’y être. Il suivait pas les règles, il était lui-même. Le Fantôme et le Corbeau était eux-mêmes. Et c’était ça qui les rapprochait, plus que tout au monde. Ils étaient uniques à CerfBlanc. Les meilleurs, ainsi deviendraient-ils. « C’est gentil. Enfin, je veux dire, ça fait du bien de se faire comprendre, de voir qu’on est pas seul, même si cette personne n’est pas de notre clan. Au pire, qu’est-ce qu’on y peut, franchement. On peut pas tous être des parias dans notre clan, sinon y’en aurait pas. »

Le corbeau, il avait pas l’air d’avoir un beau passé, lui non plus. Il avait pas choisi sa voie, il avait pas eu le choix, comme Fantôme des Astres. Et pourtant, le mâle noir semblait être né pour être celui qui soignerait les autres. Celui qui soignerait les maux du fantôme, celui qui serait là quand il le faudrait. Il avait rien d’ordinaire. Rien d’extraordinaire non plus. Et c’était ça qui le rendait exceptionnel. Ses mirettes bleuâtres comme les astres en disaient long. Roulé en boule, il était si beau. Si près de lui, si mignon. Si doux, si enfantin. Lorsque l’histoire se raconte, le fantôme blanc n’a pas d’autre choix que de faire de même, de faire en sorte que leur pelage se frôle. Et il écoute, comme il sait si bien le faire. Il apprend que cette patte est un accident. Que ce choix de vie est un accident. Un accident de destin peut-être. Un chemin tout tracé. Un chemin qui en croise un autre. Les étoiles avaient décidé de leur chemin se croiseraient. Ce n’était pas une rencontre anodine, loin de là.

Le fantôme guérisseur. Il aurait pu. Mais le fantôme, il avait toujours voulu devenir un grand guerrier, meilleur que son frère. Mais il s’était posé des questions à un moment donné. Il aurait peut-être aimé à un moment donné devenir guérisseur. Il savait que sa vie serait peut-être plus simple ; peut-être meilleure. Il serait peut-être pas aussi ignoré. Un peu plus reconnu. Mais Petit Trèfle lui avait parlé de ses envies de suivre les pas de Feuille de Châtaigne avant que Petit Fantôme n’ait le temps de le dire. Alors il a choisi de devenir guerrier parce que les étoiles ne voulaient pas qu’il choisisse la voie de la facilité. « J’aurai pu. Mais il a bien plus sa place que moi dans la tanière du guérisseur. » Il marque une légère pause tandis qu’une idée fulgurante lui traverse la tête. « Tu sais, si le destin en avait décidé autrement, si notre chemin avait été dessiné d’une façon différente, tu serais peut-être guerrier. Et moi guérisseur, aujourd’hui. Mais je me demande encore si nous serions là, à discuter ensemble. » Cela sonne comme une interrogation au destin, tandis que dans ses prunelles brillent un bleu intense, à la recherche des pupilles de la même couleur de son ennemi. Un faux ennemi. Un ami. Autre chose qu’un ami. Comment définir cela, après tout ?

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